Artiste Français - Christian Boltanski

19 janvier 2011

Qui est Christian Boltanski?


Christian Boltanski est un plasticien français né à Paris en 1944. Artiste autodidacte, il n'eut pas de véritable scolarité ni de formation artistique. Il se mit à la peinture dès l'âge de 14 ans. Issu d'une famille juive, il fut particulièrement marqué par le souvenir de la guerre et de la Shoah. Boltanski est l’un de ces artistes dont la vie et l’œuvre se nourrissent de façon réciproque. Dans ses œuvres, mémoire personnelle et mémoire collective se rejoignent et s’unissent dans un effort incessant, se dressant comme un rempart contre l’oubli et la mort, thèmes qui lui sont chers.

 

Je poste cette vidéo, son but étant d'aider à comprendre le personnage qu'est Christian Boltanski :

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Biographie.


Christian Boltanski est né le 06 Septembre 1944, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale  d'un père juif d'origine russe et d'une mère corse chrétienne; il est resté marqué par le souvenir de l'Holocauste

Christian Boltanski est un artiste autodidacte : Il commence à peindre en 1958, à l’âge de 14 ans, alors qu’il n’a jamais connu de véritable scolarité ni suivi de formation artistique au sens traditionnel du terme. La plupart des tableaux qu’il réalise alors sont en majeure partie de grands formats représentant des personnages dans des circonstances macabres ou bien encore des scènes d'histoire.


En 1966 il rencontre Jean Le Gac avec qui il collaborera quelques années à partir de 1969.

À partir de 1967 Boltanski se tourne vers l'écriture et expérimente d'autres modes d'expression, comme la rédaction de lettres ou de dossiers qu'il envoie à des personnalités du monde de l'art.

1968 est la date de sa première exposition personnelle. Cette dernière eu lieu au théâtre du Ranelagh, à Paris : il y présente des marionnettes grandeur nature, confectionnées de façon volontairement grossière, et un film dont le titre indique la teneur de ses premiers travaux, La Vie impossible de Christian Boltanski.
Il publie son Parution de son premier livre Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950 en 1969. C'est l'apparition du thème autobiographique.

1970 marque le début de sa série des Vitrines de référence, travail qu'il poursuit jusqu'en 1973.

En 1972, il expose pour la première fois à la Documenta 5 de Kassel en Allemagne dans la section intitulée « Mythologies individuelles ».

Après avoir travaillé l'autobiographie sur le mode ludique avec la série des Saynètes comiques de 1974, il se débarrasse de son propre personnage pour s'intéresser en 1975, aux codes culturels et aux lieux communs, tels que les portraits dans la publicité, ou encore le voyage de noces à Venise. Pour traiter ces nouveaux thèmes, il utilise la photographie couleur, dans de grands formats.

En 1977, il commence la série des Compositions, avec des photographies de très grands formats.

Une exposition rétrospective au Musée national d'art moderne lui consacre une exposition rétrospective en 1984. Boltanski trouve la une nouvelle manière de montrer son œuvre. L'exposition se compose de deux parties, l'une autour du thème de l'autobiographie avec des pièces faites de documents et d'archives ; l'autre présente de grandes photographies plus proches d'un travail pictural classique.

En 1985 débute la série des Monuments basée sur des photographies de visages

Invité à la Biennale de Venise de 1986, Boltanski investit l'espace d'une ancienne prison et met en scène son exposition dans la pénombre

Il traite en 1987 du thème de l’Holocauste pour la Documenta 8 de Kassel, il traite du thème de l'Holocauste, qu'il avait déjà abordé, mais de manière moins directe.

1988 fait place à un nouveau matériau dans son œuvre : le vêtement.

Il débute une nouvelle série en 1990 qui sera elle intitulée Les Suisses morts. Il s'agit d'œuvres qui utilisent des photographies tirées de la rubrique nécrologique d'un journal suisse. Avec cette série, Boltanski porte une réflexion sur tout type de mort.

Il expose à Paris au Musée d'art moderne en 1998. L’exposition Dernières années est conçue comme une seule œuvre à travers laquelle on chemine.


Boltanski renoue avec le thème de l'autobiographie en 2003 lors de l’exposition Entre-temps à la galerie Yvon Lambert à Paris.

Pendant toute l'année 2004, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, à Paris, expose son Théâtre d'ombres.

 Il débute en 2005 les Archives du cœur. Cela correspont à l’enregistrement de battements de milliers de cœurs à travers le monde. Ces derniers seront conservés à l’abri du temps dans l’île japonaise de Teshima.

Il réalise des installations sur le thème de la mémoire individuelle et collective à Stockholm en Suède en 2008 dans le cadre des Archives.

Enfin en 2010 il réalise l’œuvre Personnes au Grand Palais à Paris lors de l’exposition Monumenta 2010,

 

En couple avec l'artiste Annette Messager , Christian Boltanski est aujourd'hui reconnu comme l'un des principaux artistes contemporains français. Il enseigne à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et vit à Malakoff.

Reconnaissance de son travail, Boltanski est choisi pour représenter la France à la Biennale de Venise 2011.

 

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Démarche Générale.

 

Christian Boltanski est l’un de ces artistes dont la vie et l’œuvre se nourrissent réciproquement. Il peut être considéré comme un artisan de la mémoire, un plasticien du temps. Une des particularités de Boltanski est sa capacité à reconstituer des instants de vie avec des objets qui ne lui ont jamais appartenu.

L’ensemble de son œuvre est basé sur des références biographiques, celle de sa vie, celle des autres, celle d’anonymes, qui s’accumulent afin de former un ensemble à forte charge émotionnelle. L’engagement artistique de Boltanski relève presque de la thérapie, par ce retour sur les traces et les traumatismes du passé.

Boltanski ne se souci pas de la véracité de ses œuvres, son but n’étant pas de remplacer un historien. Il cherche simplement à restituer des faits relatifs à l’enfance, à la famille, à la mort, à la mémoire et à la banalité, l’inconscient. 

Pour cela il part d’éléments banaux tels que des coupures de journaux, des boîtes en fer-blanc rouillé, de vieilles photographies, des vêtements usagés ou encore des films qui font appel à la "petite-mémoire" c'est-à-dire la mémoire affective

Son œuvre tente de faire en sorte que le visiteur s’approprie l’œuvre : vitrines d’objets divers, portraits d’anonymes, de vieux vêtements usagés… le but étant de créer une ambiance nostalgique. Mémoire personnelle et mémoire collective se rejoignent et s’unissent donc dans un effort incessant, se dressant comme un rempart contre l’oubli et la mort. D’ailleurs pour Boltanski : « L’art est une tentative d’empêcher la fuite du temps »
L’art de Christian Boltanski agit donc sur chacun tel un miroir au travers duquel le temps fait son travail, avec ses drames, ses tragédies, ses peurs. Boltanski le dit lui même : « Un artiste n’a plus de vie, il n’est que le miroir des autres »

Sa pratique de l’art s’est transformée avec les années en un art se rapprochant du théâtre, il privilégie désormais les lieux chargés d’histoire. Ses œuvres se conçoivent aujourd’hui à l’échelle de l’exposition qui, à chaque fois, forme un tout, une œuvre à part entière comme par exemple son œuvre éphémère Personnes qui pris place dans le Grand Palais à Paris en 2010.
Si l'œuvre de Christian Boltanski appartient au registre le plus contemporain de l'expression plastique par la multitude des matériaux employés, la pâte à modeler, le carton ondulé, la photographie ou des objets trouvés, l'artiste revendique néanmoins une filiation avec la peinture traditionnelle qu'il a pratiquée à ses débuts.

 

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Historique de sa démarche suivant ses œuvres :


Christian Boltanski nous dit : "A la base, je suis fondamentalement un peintre. J’ai quitté l’école à 14 ans, ce fut une chance pour moi. C’est aussi à cet âge-là que j’ai réalisé mes premières peintures » 

Boltanski se mit donc à peindre en autodidacte en 1958 à l’âge de 14 ans

 

A partir de 1967 Boltanski se tourne vers l'écriture. Des éléments provenant de son univers personnel font alors irruption dans ses réalisations (photocopies, documents originaux, photographies de famille) : sa biographie devient alors l'une de ses principales thématiques

Il crée, en 1968, l’œuvre qu’il considère comme fondatrice de sa toute sa démarche artistique à venir : le livre d’artiste Recherche et présentation de tout de qui reste de mon enfance, 1944-1950 dont voici un extrait :

"On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres.
Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse.
Mais l'effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d'années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer. "

Christian Boltanski, Paris, mai 1969

 


Boltanski reconstitue des moments de son enfance et de sa vie de famille. Il utilise la photographie grâce à laquelle il se met en scène, jouant son propre rôle devant des décors peints. Il crée des objets qui évoquent les jouets ou les vêtements de son jeune âge, ainsi que des séries de sucres sculptés, sorte d’alphabet imaginaire conçu dans un matériau périssable, voué à la disparition.

 

De 1970 à 1973, il crée les Vitrines de références. Il s’amuse alors à détourner les codes muséographiques : des objets de tous types trouvés ou fabriqués par l’artiste, sont exposés dans des vitrines, comme des témoignages.

En 1972, il réalise L’album de la famille D une installation photographique qu’il réalisa à partir de l’album de famille de son ami Michel Durand. L’artiste agrandit, encadre et organise de banales photos dans des compositions murales.

Au même moment, il réalise les Inventaires, qui sont des installations réalisées qui présentent l’ensemble du mobilier et des objets personnels d’une personne anonyme.

 

Autour de 1974 Boltanski change de registre et se met en scène à la manière d’un clown dans des Saynètes comiques, mimant des scènes de son enfance.

 L’artiste réalise ensuite des installations photographiques à partir de photographies qu’il prend lui même sur le modèle de la « belle photographie ». Il devient alors l’un des principaux fondateurs de la photographie plasticienne. 

A partir de 1977, il réalise les Compositions. Il s’amuse à réaliser des photographies qui reproduisent sur fond noir de petits objets trouvés ou qu’il fabrique et joue ensuite sur l’agrandissement à une échelle monumentale de ces objets

A partir de 1984, il rompt avec ses tableaux photographiques pour revenir vers des œuvres plus proches de l’esprit de ses premiers travaux. Les différentes séries des Ombres, des Monuments, des Reliquaires et des Réserves prennent une tonalité de plus en plus sombre. Il va réutiliser les matériaux de ses premières œuvres dans des installations qui cette fois auront un caractère dramatique, hantés par l’idée de la mort. C’est à partir de ce moment que la Shoah, par laquelle il fut profondément marqué durant son enfance, devient un thème prépondérant dans son travail (autour de 1987). Petit à petit le vêtement remplace le portrait photographique dans les œuvres de Boltanski. C’est une autre manière de parler de l’individu, à la fois anonyme et singulière. Dans les années 1990 il s’investit dans le domaine du spectacle, ce qui a pour vertu de qui prolonger et enrichir son travail plastique.

Ses expositions deviennent de plus en plus narratives et scénographiées, formant ainsi une œuvre globale, basée sur des thèmes tels que le temps, la mémoire, l’être humain, la mort. Pour l’an 2000, il pense à un projet utopique consistant à nommer tous les habitants de la Terre. Il dut abandonner ce projet irréalisable mais il lui servit d’inspiration pour ses œuvres à venir. Il privilégiera alors par la suite des projets humanistes. Il développa ainsi un projet ayant pour but de constituer une archive de tous les cœurs du monde, du moins le plus possible, pour lequel il collecte, au fil des expositions le son de dizaines de milliers de battements de cœurs de dizaines de milliers d’individus, qu’il enregistre et archive formant depuis 2005, les Archives du cœur qui seront installées sensuite sur l’île de Teshima, en mer du Japon. Toujours dans ce même Christian Boltanski a, devant notaire, « vendu sa vie » (l’enregistrement vidéo en continu de ses faits et gestes dans son atelier) en viager à un collectionneur.

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Quelques Oeuvres.

La chambre ovale, 1967

Acrylique sur isorel. 115 x 146,5 cm

Les peintures que Christian Boltanski réalise entre 1958 et 1967 semblent représenter de souvenir puisés dans une mémoire enfantine, provenant d'un passé jusqu'alors enfoui. Sans doute parce qu'elles évoquent des événements douloureux.
Parmi ces peintures, La chambre ovale met en scène, dans une architecture presque abstraite, un personnage seul, assis par terre, comme pétrifié, et ne possédant pas de bras.
Bien que cette peinture évoque probablement un événement personnel auque on ne peut rien comprendre, elle apparaît malgré tout familière, rappelant le  sentiment de la solitude.
Cette œuvre picturale des débuts de Christian Boltanski traite déjà des thèmes qui lui seront chers.


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L'Homme qui tousse, 1969

Film cinématographique 16 mm couleur, sonore. Durée : 3'

Ce film de Boltanski traduit son intérêt pour le cinéma. Cette œuvre fut diffusée dans une salle de projection du 16e arrondissement de Paris, et présentait, à côté de marionnettes grandeur nature, un film intitulé La Vie impossible de Christian Boltanski.
Après cette première expérience, Christian Boltanski réalisa en 1969 quelques courts films tels que L'Homme qui tousse.

Dans ce film, on observe pendant 3 minutes un homme assis dans une petite pièce délabrée. Il tousse jusqu'à cracher un flot de sang qui se déverse sur ses jambes et souille ses vêtements. Tourné avec des moyens amateurs, le film revêt une qualité d'image documentaire qui ne le rend que plus inquiétant.

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Essai de reconstitution (Trois tiroirs), 1970-1971

Ancien titre : Trois tiroirs
Boîte en fer blanc contenant 3 tiroirs fermés par un grillage, portant chacun une étiquette et contenant des objets
44 x 60,5 x 40,5 cm. Chaque tiroir : 12 x 60 x 40 cm

Cet ensemble de trois tiroirs, fabriqués avec des boîtes en fer blanc, est emblématique des premiers travaux de Boltanski sur le thème de l'enfance perdue.
Son premier livre, composé en 1969, Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950 , publié à l'origine à cinquante exemplaires, propose en effet une œuvre comme tentative de reconstitution d'une période de sa jeunesse. Il s'agit de neuf pages qui rassemblent une photographie de classe, une rédaction scolaire et d'autres documents du type de ceux que l'on conserve précieusement dans des cartons.

Avec les Trois tiroirs, la reconstitution se fait en volume. Les tiroirs contiennent de petits objets en pâte à modeler reproduisant des choses qui auraient appartenu à Christian Boltanski enfant : des avions, une bouillotte… comme le signalent les étiquettes dactylographiées et insérées sur chaque tiroir. L'artiste évoque ainsi les collections ou les trésors que chacun de nous, enfant, a pu constituer : des objets dérisoires mais cachés avec le plus grand soin.
Dans cette reconstitution Boltanski retrouve le sérieux des jeux d'enfant, ce qui la rend à la fois comique et touchante.

Cette œuvre annonce la série de pièces d'archives qu'il réalisera dans les années 80 (2). On retrouvera les mêmes boîtes de fer blanc, remplies de menus objets, sans valeur marchande, mais renfermant les secrets d'une mémoire affective sans doute immense.


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  Vitrine de référence, 1971

 Boîte en bois peinte sous plexiglas
Bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer. 59,6 x 120 x 12,4 cm

Dans le prolongement des thèmes de la reconstitution de la vie et de l'autobiographie de l'artiste, Christian Boltanski réalise plusieurs vitrines où il expose des objets personnels comme des reliques ou des éléments issus de fouilles archéologiques témoignant de civilisations perdues. Avec ces œuvres, Boltanski parodie notamment le Musée de l'Homme, lequel, dit-il, l'a beaucoup marqué : on y voit, dans des vitrines un peu poussiéreuses, des objets à l'origine sans vocation esthétique, des objets qui sont des documents plutôt que des œuvres, des objets auxquels le musée a retiré leur valeur d'usage. Christian Boltanski définit d'ailleurs les musées comme « des lieux sans réalité, des lieux hors du monde, protégés, où tout est fait pour être joli ». Ce sont des lieux hors du monde de l'action, ni réels, ni irréels, et qui communiquent cet étrange statut aux objets qu'ils renferment.

En présentant quelques-uns de ses effets personnels dans une vitrine, l'artiste applique à sa propre vie ce processus à la fois conservateur et mortifère. 


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Saynètes comiques, 1974

Le mariage des parents
Photographie. Montage de 3 épreuves aux sels d'argent et texte à l'encre blanche sur carton noir
37,9 x 71 cm. Chaque photo : 28,5 x 18,3 cm

A partir de 1974, Christian Boltanski réajuste le thème de l'autobiographie à une perspective plus légère et plus humoristique. Comme il l'écrit dans sa biographie, en cette année 74, « il se dépasse, il se surpasse, il prend de la distance et se moque de lui-même, il ne parle plus de son enfance, il la joue… ».
Il semble en effet redouter la solennité de ses précédentes démarches. A propos du personnage de Christian Boltanski dont il cherchait jusqu'alors à raconter l'histoire, il déclare : « A un moment, ce personnage inventé m'est devenu trop lourd, j'ai eu besoin de le tuer… J'ai eu le désir de détruire le mythe et de le détruire par la dérision » (Boltanski, entretien avec Delphine Renard, catalogue du Centre Pompidou, 1984).

C'est ainsi que sont nées les Saynètes comiques, un ensemble de 25 œuvres, composées de photographies retouchées au crayon ou au pastel, dans lesquelles il raconte encore une fois son histoire, mais sur un mode clownesque.

Chaque photographie ou montage de clichés représente un événement familial marquant, un enterrement, un mariage ou un anniversaire, qu'il rejoue pour la prise de vue. Tous les personnages qui apparaissent sont donc incarnés par l'artiste lui-même, à peine déguisé par quelques accessoires, ce qui procure à ses images un caractère modeste, voire négligé, qui rappelle le théâtre de rue et provoque un sentiment de dérision. Les fonds sont souvent dessinés, ce qui accentue l'impression d'économie de moyen, tandis que, pour certaines pièces, des cartels commentent les scènes et redoublent leur dimension grotesque.

Avec les Saynètes comiques, Christian Boltanski révèle pleinement l'aspect parodique de son œuvre.


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Composition théâtrale, 1981

Cibachrome fixée dans un cadre-vitrine noir. 241 x 124,5 x 8,8 cm
Détail d'un triptyque : 241 x 373,5 cm

Christian Boltanski a beaucoup utilisé la photographie dès la fin des années soixante. Les premières œuvres comportaient en effet des photographies de petites tailles, en noir et blanc, des photographies tirées d'albums de famille ou à vocation documentaire, accompagnées de textes ou d'autres éléments. A partir du milieu des années soixante-dix, il redécouvre ce médium pour en faire un tout autre traitement. Désormais, de grandes photos en couleurs assument à elles seules la force de l'œuvre. Boltanski crée ainsi une série qu'il intitule les Compositions. Compositions héroïques, grotesques, architecturales, japonaises, enchantées, les noms sont choisis en fonction des objets qu'elles représentent. Ce sont de grandes photographies au fond très noir qui monumentalisent de menus objets. Leurdimension ainsi que leur éclairage clair-obscur leur procurent un air d'apparition. Le fond noir sur lequel ces objets se découpent, comme dans un théâtre d'ombres chinoises, crée le

Les Compositions théâtrales de 1981 mettent en scène de minuscules pantins en carton ondulé que Boltanski fabrique pour l'occasion, avec du fil de fer et des attaches parisiennes. Ce sont de petits bricolages judicieux qui rappellent les objets en carton ondulé que Picasso réalisait dans les années dix.

Mais, ici, ces jouets sont fabriqués par l'artiste pour lui-même. Ils appartiennent au registre du trésor personnel et relèvent de la sphère intime. Boltanski les compare à des fétiches vaudous, faits de bric et de broc, mais capables d'un fort pouvoir évocateur. Pour le public, ils n'apparaissent qu'à travers la photographie qui les monumentalise et les met à distance. La prise de vue est, selon Boltanski, l'étape du « refroidissement », de la séparation.

« L'objet est du côté de l'intime, du toucher, la photographie du domaine de la représentation », dit-il dans un entretien de 1984 (Boltanski, catalogue de l'exposition, Centre Pompidou). La photographie transfigure le travail manuel de la fabrication.

 

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Les archives de C.B. 1965-1988, 1989

Installation avec de la lumière
Métal, photographies, lampes, fils électriques. 270 x 693 x 35,5 cm

En produisant Les archives de C.B. 1965-1988, Boltanski renoue avec sa grande ambition telle qu'il l'avait formulée en 1969 : « Garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but ».

Pour réaliser ce projet, il construit un mur de 646 boîtes à biscuit en fer blanc, certaines plus rouillées que d'autres, témoignant d'une usure du temps. De telles boîtes avaient été utilisées dès 1970, par exemple pour Essai de reconstitution (Trois tiroirs), dans lesquelles étaient conservées des répliques en pâte à modeler de ses jouets d'enfance (1).

Toutefois, avec Les archives de C.B. 1965-1988, l'entreprise prend une autre dimension. Les 646 boîtes sont rangées en piles de presque trois mètres de hauteur, simplement éclairées par des lampes de bureau noires dont les fils électriques pendent négligemment, comme si elles avaient été installées à la hâte.
Cet agencement évoque des archives de fortune, établies dans l'urgence de conserver ce qui, sans elles, serait voué à la disparition.
Car ce que ces boîtes contiennent, ce sont plus de 1 200 photos et 800 documents divers que Boltanski a rassemblés en vidant son atelier. C'est toute sa vie d'artiste qui est consignée là, mais cachée au spectateur, présente seulement dans sa mémoire, dans son intimité.

En 2001, Christian Boltanski reprend de nouveau ce thème des archives personnelles avec une œuvre intitulée La Vie impossible : un ensemble de 20 vitrines dans lesquelles se trouvent amassés des papiers de toutes sortes, cette fois-ci présentés à la vue du spectateur, mais dans un tel désordre qu'il ne peut toujours pas percer leur mystère.


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Réserve, 1990

Installation
Tissu, lampes. Dimensions variables

En 1988, Boltanski s'empare d'un nouvel élément, le vêtement, qu'il utilise tout d'abord pour créer une œuvre profondément émouvante : Réserve, Canada. Il s'agit d'une pièce qui fait allusion aux entrepôts dans lesquels les nazis remisaient les effets des personnes déportées. L'usage du vêtement chez Boltanski est donc d'emblée lié au thème de la mort, comme c'était déjà le cas pour la photographie. Pour lui, « La photographie de quelqu'un, un vêtement ou un corps mort sont presque équivalents : il y avait quelqu'un, il y a eu quelqu'un, mais maintenant c'est parti ». Le vêtement est lui aussi une trace ou une empreinte qui témoigne d'une vie passée.

C'est à ce titre que les vêtements sont présents dans la série des Réserves réalisées à la suite de Réserve, Canada. Chacune est une variation d'installation sur le thème de la disparition et du souvenir. Dans Réserve : la Fête de Pourim, 1989, ou dans Réserve Lac des morts, 1990, les vêtements sont laissés au sol ; dans Réserve du Musée des enfants, 1989, ils sont empilés en rang.

Avec la Réserve de 1990, Boltanski tapisse les murs d’une salle entière de vêtements usagers, voire poussiéreux, qui répandent une odeur de grenier. Car la forte présence de l’œuvre ne se manifeste pas seulement visuellement, mais par une dimension olfactive trop rarement exploitée en art plastique.
Comme les autres œuvres de la série, la Réserve de 1990 crée un environnement incitant à une méditation mélancolique sur le corps comme enveloppe vulnérable, sur la vanité et sur la mort, qui sont les sujets de prédilection de Boltanski durant les années quatre-vingt-dix.

 

 Reserve

Personnes, 2010
Exposition éphémère réalisée au Grand Palais à Paris en 2010 pour Monumenta 2010. Boltanski disposa au sol, tout le long de la Nef du Grand Palais, des dizaines de carrés de vêtements sont entreposés sous des néons. Des haut-parleurs parsemés aux quatre coins de la galerie diffusent les battements de cœur de quelque 400 personnes enregistrés pour son projet Archives du cœur. La pièce centrale de l’installation, une montagne d‘une trentaine de tonnes d’habits au sommet de laquelle une pince mécanique, qui vient prélever des vêtements, les monter à 35 m de haut avant de les relâcher. Tout cela dans un environnement glacial, l’artiste n’ayant pas souhaité de chauffage.

L’œuvre Personnes étant une création a caractère éphémère, selon la volonté de l’artiste, les éléments qui la constituent furent recyclées à l’issue de l’exposition.

 

Boltanski

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Avis personnel...

L’œuvre de Boltanski m’est assez plaisante. Je pense que plupart de ses créations sont assez accessibles au public. Ce fait est encore plus vrai lorsque l’on connaît un peu son passé et ses sources d’inspiration.
Je trouve intéressant que Boltanski puise son inspiration dans la mémoire, les souvenirs car ce sont des ressources quasiment inépuisables. Il est alors plaisant de voir comment ce dernier parvient à détourner des objets de la vie quotidienne pour en faire des installations permettant un travail et une réflexion sur la mémoire, le passé, les souvenirs.
Une des chose les plus intéressantes que l’on trouve dans le travail de Boltanski est, pour moi, le fait que dans ses créations les plus récentes, le spectateur n’est pas placé seulement devant une œuvre mais pénètre a l’intérieur de celle-ci afin de le faire réagir. Ceci étant du à l’envie de l’artiste de réaliser des créations de la taille de la salle d’exposition.
Un des points forts du travail de Boltanski est, à mon sens, de faire réfléchir le spectateur de manière implicite sur des sujets auquel tout le monde est confronté tels que la mort, le hasard, l’oubli etc…
Enfin je terminerai en posant une question qui m’est venue à l’esprit en observant le travail de Christian Boltanski : l’artiste étant autodidacte, ce fait se ressent–il dans son travail ? Cela lui laisse-t-il inconsciemment une plus grande liberté d’expression, une plus grande ouverture d’esprit ?

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Bibliographie.

Essais 

  • Gilbert Lascault, Boltanski : souvenance, Paris,      L'Échoppe, 1998
  • Lynn Gumpert, Christian Boltanski, Paris,      Flammarion, 1992
  • Didier Semin, Christian Boltanski, Paris,      Éditions Art Press, 1989
  • Alain Fleischer et Didier      Semin, Christian Boltanski : la      revanche de la maladresse, Art Press n°128, septembre 1988.
  • Eliane Burnet, Dépouilles et reliques, Les Réserves de      Christian Boltanski, Les Cahiers du Musée National d'Art Moderne,      n°62, hiver 1997-1998.
  • Catherine Grenier (avec      Christian Boltanski), La vie      impossible de Christian Boltanski, Seuil, coll. « Fiction &      Cie », 2007
  • Catherine Grenier et Daniel Mendelsohn, Christian Boltanski, Flammarion, coll. « Flammarion      Contemporary », 2010
  • Dominique Radrizzani et      Christian Boltanski, Le dessin      impossible de Christian Boltanski, Buchet-Chastel, coll. « Les      cahiers dessinés », 2010

 

Catalogues d'exposition 

  • Christian Boltanski, Dernières années, Musée d'art      moderne de la Ville de Paris, 1998
  • Christian Boltanski, Les Suisses morts, Musée cantonal      des beaux-arts de Lausanne, 1993
  • Boltanski, Centre Pompidou,      1984
  • Christian Boltanski, Compositions, ARC-Musée d'art      moderne de la Ville de Paris, 1981

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Sources.

http://www.dailymotion.com/video/xbdlq8_entretien-avec-christian-boltanski_creation

http://www.moreeuw.com/histoire-art/christian-boltanski.htm

http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/Les-vies-possibles-de-Christian-Boltanski/3013300.html

http://nezumi.dumousseaux.free.fr/wiki/index.php?title=Christian_Boltanski

http://phomul.canalblog.com/archives/boltanski__christian/index.html

http://www.enmodefashion.com/panorama-des-expos/christian-boltanski%C2%A0-une-experience-monumentale

http://www.youtube.com/watch?v=i4Uqanp4Vyg

http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Boltanski

http://www.youtube.com/watch?v=E8i3wfj-jLI&feature=related

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