La chambre ovale, 1967

Acrylique sur isorel. 115 x 146,5 cm

Les peintures que Christian Boltanski réalise entre 1958 et 1967 semblent représenter de souvenir puisés dans une mémoire enfantine, provenant d'un passé jusqu'alors enfoui. Sans doute parce qu'elles évoquent des événements douloureux.
Parmi ces peintures, La chambre ovale met en scène, dans une architecture presque abstraite, un personnage seul, assis par terre, comme pétrifié, et ne possédant pas de bras.
Bien que cette peinture évoque probablement un événement personnel auque on ne peut rien comprendre, elle apparaît malgré tout familière, rappelant le  sentiment de la solitude.
Cette œuvre picturale des débuts de Christian Boltanski traite déjà des thèmes qui lui seront chers.


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L'Homme qui tousse, 1969

Film cinématographique 16 mm couleur, sonore. Durée : 3'

Ce film de Boltanski traduit son intérêt pour le cinéma. Cette œuvre fut diffusée dans une salle de projection du 16e arrondissement de Paris, et présentait, à côté de marionnettes grandeur nature, un film intitulé La Vie impossible de Christian Boltanski.
Après cette première expérience, Christian Boltanski réalisa en 1969 quelques courts films tels que L'Homme qui tousse.

Dans ce film, on observe pendant 3 minutes un homme assis dans une petite pièce délabrée. Il tousse jusqu'à cracher un flot de sang qui se déverse sur ses jambes et souille ses vêtements. Tourné avec des moyens amateurs, le film revêt une qualité d'image documentaire qui ne le rend que plus inquiétant.

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Essai de reconstitution (Trois tiroirs), 1970-1971

Ancien titre : Trois tiroirs
Boîte en fer blanc contenant 3 tiroirs fermés par un grillage, portant chacun une étiquette et contenant des objets
44 x 60,5 x 40,5 cm. Chaque tiroir : 12 x 60 x 40 cm

Cet ensemble de trois tiroirs, fabriqués avec des boîtes en fer blanc, est emblématique des premiers travaux de Boltanski sur le thème de l'enfance perdue.
Son premier livre, composé en 1969, Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950 , publié à l'origine à cinquante exemplaires, propose en effet une œuvre comme tentative de reconstitution d'une période de sa jeunesse. Il s'agit de neuf pages qui rassemblent une photographie de classe, une rédaction scolaire et d'autres documents du type de ceux que l'on conserve précieusement dans des cartons.

Avec les Trois tiroirs, la reconstitution se fait en volume. Les tiroirs contiennent de petits objets en pâte à modeler reproduisant des choses qui auraient appartenu à Christian Boltanski enfant : des avions, une bouillotte… comme le signalent les étiquettes dactylographiées et insérées sur chaque tiroir. L'artiste évoque ainsi les collections ou les trésors que chacun de nous, enfant, a pu constituer : des objets dérisoires mais cachés avec le plus grand soin.
Dans cette reconstitution Boltanski retrouve le sérieux des jeux d'enfant, ce qui la rend à la fois comique et touchante.

Cette œuvre annonce la série de pièces d'archives qu'il réalisera dans les années 80 (2). On retrouvera les mêmes boîtes de fer blanc, remplies de menus objets, sans valeur marchande, mais renfermant les secrets d'une mémoire affective sans doute immense.


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  Vitrine de référence, 1971

 Boîte en bois peinte sous plexiglas
Bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer. 59,6 x 120 x 12,4 cm

Dans le prolongement des thèmes de la reconstitution de la vie et de l'autobiographie de l'artiste, Christian Boltanski réalise plusieurs vitrines où il expose des objets personnels comme des reliques ou des éléments issus de fouilles archéologiques témoignant de civilisations perdues. Avec ces œuvres, Boltanski parodie notamment le Musée de l'Homme, lequel, dit-il, l'a beaucoup marqué : on y voit, dans des vitrines un peu poussiéreuses, des objets à l'origine sans vocation esthétique, des objets qui sont des documents plutôt que des œuvres, des objets auxquels le musée a retiré leur valeur d'usage. Christian Boltanski définit d'ailleurs les musées comme « des lieux sans réalité, des lieux hors du monde, protégés, où tout est fait pour être joli ». Ce sont des lieux hors du monde de l'action, ni réels, ni irréels, et qui communiquent cet étrange statut aux objets qu'ils renferment.

En présentant quelques-uns de ses effets personnels dans une vitrine, l'artiste applique à sa propre vie ce processus à la fois conservateur et mortifère. 


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Saynètes comiques, 1974

Le mariage des parents
Photographie. Montage de 3 épreuves aux sels d'argent et texte à l'encre blanche sur carton noir
37,9 x 71 cm. Chaque photo : 28,5 x 18,3 cm

A partir de 1974, Christian Boltanski réajuste le thème de l'autobiographie à une perspective plus légère et plus humoristique. Comme il l'écrit dans sa biographie, en cette année 74, « il se dépasse, il se surpasse, il prend de la distance et se moque de lui-même, il ne parle plus de son enfance, il la joue… ».
Il semble en effet redouter la solennité de ses précédentes démarches. A propos du personnage de Christian Boltanski dont il cherchait jusqu'alors à raconter l'histoire, il déclare : « A un moment, ce personnage inventé m'est devenu trop lourd, j'ai eu besoin de le tuer… J'ai eu le désir de détruire le mythe et de le détruire par la dérision » (Boltanski, entretien avec Delphine Renard, catalogue du Centre Pompidou, 1984).

C'est ainsi que sont nées les Saynètes comiques, un ensemble de 25 œuvres, composées de photographies retouchées au crayon ou au pastel, dans lesquelles il raconte encore une fois son histoire, mais sur un mode clownesque.

Chaque photographie ou montage de clichés représente un événement familial marquant, un enterrement, un mariage ou un anniversaire, qu'il rejoue pour la prise de vue. Tous les personnages qui apparaissent sont donc incarnés par l'artiste lui-même, à peine déguisé par quelques accessoires, ce qui procure à ses images un caractère modeste, voire négligé, qui rappelle le théâtre de rue et provoque un sentiment de dérision. Les fonds sont souvent dessinés, ce qui accentue l'impression d'économie de moyen, tandis que, pour certaines pièces, des cartels commentent les scènes et redoublent leur dimension grotesque.

Avec les Saynètes comiques, Christian Boltanski révèle pleinement l'aspect parodique de son œuvre.


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Composition théâtrale, 1981

Cibachrome fixée dans un cadre-vitrine noir. 241 x 124,5 x 8,8 cm
Détail d'un triptyque : 241 x 373,5 cm

Christian Boltanski a beaucoup utilisé la photographie dès la fin des années soixante. Les premières œuvres comportaient en effet des photographies de petites tailles, en noir et blanc, des photographies tirées d'albums de famille ou à vocation documentaire, accompagnées de textes ou d'autres éléments. A partir du milieu des années soixante-dix, il redécouvre ce médium pour en faire un tout autre traitement. Désormais, de grandes photos en couleurs assument à elles seules la force de l'œuvre. Boltanski crée ainsi une série qu'il intitule les Compositions. Compositions héroïques, grotesques, architecturales, japonaises, enchantées, les noms sont choisis en fonction des objets qu'elles représentent. Ce sont de grandes photographies au fond très noir qui monumentalisent de menus objets. Leurdimension ainsi que leur éclairage clair-obscur leur procurent un air d'apparition. Le fond noir sur lequel ces objets se découpent, comme dans un théâtre d'ombres chinoises, crée le

Les Compositions théâtrales de 1981 mettent en scène de minuscules pantins en carton ondulé que Boltanski fabrique pour l'occasion, avec du fil de fer et des attaches parisiennes. Ce sont de petits bricolages judicieux qui rappellent les objets en carton ondulé que Picasso réalisait dans les années dix.

Mais, ici, ces jouets sont fabriqués par l'artiste pour lui-même. Ils appartiennent au registre du trésor personnel et relèvent de la sphère intime. Boltanski les compare à des fétiches vaudous, faits de bric et de broc, mais capables d'un fort pouvoir évocateur. Pour le public, ils n'apparaissent qu'à travers la photographie qui les monumentalise et les met à distance. La prise de vue est, selon Boltanski, l'étape du « refroidissement », de la séparation.

« L'objet est du côté de l'intime, du toucher, la photographie du domaine de la représentation », dit-il dans un entretien de 1984 (Boltanski, catalogue de l'exposition, Centre Pompidou). La photographie transfigure le travail manuel de la fabrication.

 

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Les archives de C.B. 1965-1988, 1989

Installation avec de la lumière
Métal, photographies, lampes, fils électriques. 270 x 693 x 35,5 cm

En produisant Les archives de C.B. 1965-1988, Boltanski renoue avec sa grande ambition telle qu'il l'avait formulée en 1969 : « Garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but ».

Pour réaliser ce projet, il construit un mur de 646 boîtes à biscuit en fer blanc, certaines plus rouillées que d'autres, témoignant d'une usure du temps. De telles boîtes avaient été utilisées dès 1970, par exemple pour Essai de reconstitution (Trois tiroirs), dans lesquelles étaient conservées des répliques en pâte à modeler de ses jouets d'enfance (1).

Toutefois, avec Les archives de C.B. 1965-1988, l'entreprise prend une autre dimension. Les 646 boîtes sont rangées en piles de presque trois mètres de hauteur, simplement éclairées par des lampes de bureau noires dont les fils électriques pendent négligemment, comme si elles avaient été installées à la hâte.
Cet agencement évoque des archives de fortune, établies dans l'urgence de conserver ce qui, sans elles, serait voué à la disparition.
Car ce que ces boîtes contiennent, ce sont plus de 1 200 photos et 800 documents divers que Boltanski a rassemblés en vidant son atelier. C'est toute sa vie d'artiste qui est consignée là, mais cachée au spectateur, présente seulement dans sa mémoire, dans son intimité.

En 2001, Christian Boltanski reprend de nouveau ce thème des archives personnelles avec une œuvre intitulée La Vie impossible : un ensemble de 20 vitrines dans lesquelles se trouvent amassés des papiers de toutes sortes, cette fois-ci présentés à la vue du spectateur, mais dans un tel désordre qu'il ne peut toujours pas percer leur mystère.


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Réserve, 1990

Installation
Tissu, lampes. Dimensions variables

En 1988, Boltanski s'empare d'un nouvel élément, le vêtement, qu'il utilise tout d'abord pour créer une œuvre profondément émouvante : Réserve, Canada. Il s'agit d'une pièce qui fait allusion aux entrepôts dans lesquels les nazis remisaient les effets des personnes déportées. L'usage du vêtement chez Boltanski est donc d'emblée lié au thème de la mort, comme c'était déjà le cas pour la photographie. Pour lui, « La photographie de quelqu'un, un vêtement ou un corps mort sont presque équivalents : il y avait quelqu'un, il y a eu quelqu'un, mais maintenant c'est parti ». Le vêtement est lui aussi une trace ou une empreinte qui témoigne d'une vie passée.

C'est à ce titre que les vêtements sont présents dans la série des Réserves réalisées à la suite de Réserve, Canada. Chacune est une variation d'installation sur le thème de la disparition et du souvenir. Dans Réserve : la Fête de Pourim, 1989, ou dans Réserve Lac des morts, 1990, les vêtements sont laissés au sol ; dans Réserve du Musée des enfants, 1989, ils sont empilés en rang.

Avec la Réserve de 1990, Boltanski tapisse les murs d’une salle entière de vêtements usagers, voire poussiéreux, qui répandent une odeur de grenier. Car la forte présence de l’œuvre ne se manifeste pas seulement visuellement, mais par une dimension olfactive trop rarement exploitée en art plastique.
Comme les autres œuvres de la série, la Réserve de 1990 crée un environnement incitant à une méditation mélancolique sur le corps comme enveloppe vulnérable, sur la vanité et sur la mort, qui sont les sujets de prédilection de Boltanski durant les années quatre-vingt-dix.

 

 Reserve

Personnes, 2010
Exposition éphémère réalisée au Grand Palais à Paris en 2010 pour Monumenta 2010. Boltanski disposa au sol, tout le long de la Nef du Grand Palais, des dizaines de carrés de vêtements sont entreposés sous des néons. Des haut-parleurs parsemés aux quatre coins de la galerie diffusent les battements de cœur de quelque 400 personnes enregistrés pour son projet Archives du cœur. La pièce centrale de l’installation, une montagne d‘une trentaine de tonnes d’habits au sommet de laquelle une pince mécanique, qui vient prélever des vêtements, les monter à 35 m de haut avant de les relâcher. Tout cela dans un environnement glacial, l’artiste n’ayant pas souhaité de chauffage.

L’œuvre Personnes étant une création a caractère éphémère, selon la volonté de l’artiste, les éléments qui la constituent furent recyclées à l’issue de l’exposition.

 

Boltanski