Christian Boltanski nous dit : "A la base, je suis fondamentalement un peintre. J’ai quitté l’école à 14 ans, ce fut une chance pour moi. C’est aussi à cet âge-là que j’ai réalisé mes premières peintures » 

Boltanski se mit donc à peindre en autodidacte en 1958 à l’âge de 14 ans

 

A partir de 1967 Boltanski se tourne vers l'écriture. Des éléments provenant de son univers personnel font alors irruption dans ses réalisations (photocopies, documents originaux, photographies de famille) : sa biographie devient alors l'une de ses principales thématiques

Il crée, en 1968, l’œuvre qu’il considère comme fondatrice de sa toute sa démarche artistique à venir : le livre d’artiste Recherche et présentation de tout de qui reste de mon enfance, 1944-1950 dont voici un extrait :

"On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres.
Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse.
Mais l'effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d'années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer. "

Christian Boltanski, Paris, mai 1969

 


Boltanski reconstitue des moments de son enfance et de sa vie de famille. Il utilise la photographie grâce à laquelle il se met en scène, jouant son propre rôle devant des décors peints. Il crée des objets qui évoquent les jouets ou les vêtements de son jeune âge, ainsi que des séries de sucres sculptés, sorte d’alphabet imaginaire conçu dans un matériau périssable, voué à la disparition.

 

De 1970 à 1973, il crée les Vitrines de références. Il s’amuse alors à détourner les codes muséographiques : des objets de tous types trouvés ou fabriqués par l’artiste, sont exposés dans des vitrines, comme des témoignages.

En 1972, il réalise L’album de la famille D une installation photographique qu’il réalisa à partir de l’album de famille de son ami Michel Durand. L’artiste agrandit, encadre et organise de banales photos dans des compositions murales.

Au même moment, il réalise les Inventaires, qui sont des installations réalisées qui présentent l’ensemble du mobilier et des objets personnels d’une personne anonyme.

 

Autour de 1974 Boltanski change de registre et se met en scène à la manière d’un clown dans des Saynètes comiques, mimant des scènes de son enfance.

 L’artiste réalise ensuite des installations photographiques à partir de photographies qu’il prend lui même sur le modèle de la « belle photographie ». Il devient alors l’un des principaux fondateurs de la photographie plasticienne. 

A partir de 1977, il réalise les Compositions. Il s’amuse à réaliser des photographies qui reproduisent sur fond noir de petits objets trouvés ou qu’il fabrique et joue ensuite sur l’agrandissement à une échelle monumentale de ces objets

A partir de 1984, il rompt avec ses tableaux photographiques pour revenir vers des œuvres plus proches de l’esprit de ses premiers travaux. Les différentes séries des Ombres, des Monuments, des Reliquaires et des Réserves prennent une tonalité de plus en plus sombre. Il va réutiliser les matériaux de ses premières œuvres dans des installations qui cette fois auront un caractère dramatique, hantés par l’idée de la mort. C’est à partir de ce moment que la Shoah, par laquelle il fut profondément marqué durant son enfance, devient un thème prépondérant dans son travail (autour de 1987). Petit à petit le vêtement remplace le portrait photographique dans les œuvres de Boltanski. C’est une autre manière de parler de l’individu, à la fois anonyme et singulière. Dans les années 1990 il s’investit dans le domaine du spectacle, ce qui a pour vertu de qui prolonger et enrichir son travail plastique.

Ses expositions deviennent de plus en plus narratives et scénographiées, formant ainsi une œuvre globale, basée sur des thèmes tels que le temps, la mémoire, l’être humain, la mort. Pour l’an 2000, il pense à un projet utopique consistant à nommer tous les habitants de la Terre. Il dut abandonner ce projet irréalisable mais il lui servit d’inspiration pour ses œuvres à venir. Il privilégiera alors par la suite des projets humanistes. Il développa ainsi un projet ayant pour but de constituer une archive de tous les cœurs du monde, du moins le plus possible, pour lequel il collecte, au fil des expositions le son de dizaines de milliers de battements de cœurs de dizaines de milliers d’individus, qu’il enregistre et archive formant depuis 2005, les Archives du cœur qui seront installées sensuite sur l’île de Teshima, en mer du Japon. Toujours dans ce même Christian Boltanski a, devant notaire, « vendu sa vie » (l’enregistrement vidéo en continu de ses faits et gestes dans son atelier) en viager à un collectionneur.